Exit le fantôme, par Philip Roth , éd Gallimard
Ici, oh surprise, le pessimisme bien connu de Nathan Zuckerman, alias Philip Roth, semble céder comme un barrage devant la victoire de la vie. Nathan se retrouve submergé par ses désirs, ses fantasmes, ses pulsions, "des émotions d’enfant et une douleur d’adulte. Alors que dans son refuge du Massachusetts il méditait les réflexions de Lonoff, l’écrivain ascète méconnu du grand public : "nous les gens qui lisons et qui écrivons nous sommes finis, nous sommes des fantômes qui assistons à la fin de l’ère littéraire", New York va le régénérer. En cherchant un appartement il s’enflamme pour une jeune femme qui commence dans la carrière littéraire. "Je la laissais m’entrer dans les yeux comme l’avaleur de sabres avale un sabre".
Richard Kliman, un biographe de Lonoff, poursuit Zuckerman pour l’interviewer et lui révèle que le vieil écrivain oublié avait quitté sa femme pour entretenir une liaison incestueuse avec sa sœur. Dès le premier contact, Zuckerman avait détesté ce jeune godelureau. Conflit de générations, mais surtout méfiance hostile vis-à- ce fouineur atteint par le virus de l’enquête et qui révèle au monde ce que le vieux Lonoff avait tout fait pour maintenir dans l’anonymat. Ce qui permet à Roth de dire tout le mal qu’il pense des biographies d’écrivains. Qu’un artiste reste une énigme, voilà ce que souhaite l’auteur de Portnoy et son complexe qui fait dire à son double : "Je ne donne pas de lecture publique, pas de conférences, pas de cours à l’université, je ne passe pas à la télé ». Roth est loin d’être un misanthrope, mais il nous dit que la régénérescence est finalement un mythe et que la vie est suffisamment riche pour alimenter le brasier de la création littéraire. Et une fois de plus, Roth avoue sa folle passion pour la littérature, pour la capacité que possède "le non-vécu, l’hypothétique exposé en détail sur le papier, à être la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout".
